28/03/2006

Précarité annoncée

 

Aux JT français, ils me gavent.

Avec leur fâcheuse tendance à présenter les réactions estudiantines contre le CPE de manière dichotomique riches qui font grève (pour s’amuser)/pauvres qui paient leurs études eux-mêmes et qui voudraient bien bosser non mais des fois.

Parce que c’est un peu facile.

Et beaucoup pas vrai.

Que faire passer les manifs pour des caprices d’enfants gâtés qui ne veulent pas la super chance qu’on leur donne de trouver un boulot (minable, dans des conditions de merde).

Le traitement médiatique du sujet prend un tour subjectif et partisan qui ne me plaît pas (ouf que ce soit si flagrant que ça se voie sans peine).

Comme l’a si bien dit un jeune « riche », c’est pas parce qu’il n’est pas dans le besoin qu’il est insensible au manque d’humanisme ambiant. Et lui, justement, peut se permettre de s’engager pour ceux qui n’en ont pas les moyens.

 

J’avoue que je comprends mal la réaction de ces jeunes qui, sous prétexte qu’ils ne peuvent pas s’offrir le ratage d’une année, acceptent par leur passivité de s’engager, une fois le diplôme en poche, dans une pseudo carrière ô combien fragile. La défense d’une vie professionnelle digne vaut bien un an gâché… (et l’année n’est pas foutue). Une jeune fille déclarait qu’elle préfèrerait un CPE ou n’importe quoi plutôt que le chômage… N’est-ce pas le danger ? Je suis persuadée qu’il ne vaut pas mieux « n’importe quoi » que le chômage, au contraire. Mais enseigne-t-on encore les valeurs humanistes, dans ces écoles où l’on entend de plus en plus des propos inquiétants tels que « nous formons des jeunes en collaboration avec les entreprises pour une meilleure adéquation entre l’offre et la demande » ? (ndlr : jusqu’où aller dans cette approche où c’est le patronat qui fixe les critères, les compétences que les jeunes doivent avoir pour espérer l’embauche ? Et la formation morale, dans tout ça ? Respect, partage, esprit critique… Pas trop hein, ça forge la révolution, tout ça…)

 

Pourquoi les djeûnes accepteraient-ils le CPE ? Ca va leur apporter quoi, un contrat de 2 ans où ils peuvent voler dehors sans raison du jour au lendemain ?

-         de vivre la peur au ventre

-         de croire qu’il vaut mieux fermer leur gueule et courber l’échine durant 2 ans

-         de risquer de voler dehors quand même au bout des 2 ans pour que le patron en prenne un autre dans les mêmes (fort avantageuses pour lui) conditions au lieu d’embaucher le 1er pour de vrai

-         d’habiter chez leurs parents ad vitam (ben ouais, quelle banque va leur accorder un prêt hypothécaire ? Quel proprio va leur signer un bail ? Comment vont-ils décrocher le prêt auto indispensable pour se rendre au travail ?)

Et, au-delà de ça, de vivre comme d’éternels ados, car incapables de s’assumer financièrement donc de prendre un véritable envol, pourtant salutaire à l’âge (de plus en plus avancé) où ils finissent leurs études. Des adultes bridés dans leur vie sociale (pas de fiestas dignes de ce nom, les parents dorment au-dessus ; pas de vie en couple ni d’enfants à moins d’acheter une ferme au carré pour caser toute la smala dans un espace de vie respirable ; pas de projet perso « tu ne devrais pas faire ça » ; pas de réalisation de soi « si j’étais toi, je ne ferais pas ça comme ça », etc.)

Combien de temps, avant le pétage de plomb collectif de toute une génération ? Les conséquences psycho-sociologiques de la précarisation grandissante des jeunes à moyen et long termes ne sont pas à prendre à la légère…

09:16 Écrit par La F | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

... Il y'a des choses très complexes à décrypter (et notamment le soutien des syndicats qui défendent essentiellement une génération de baby boomer dopés à l'emploi à vie) dans ce mouvement.

Sur le pétage de plomb, je partage entièrement ta vision..

Écrit par : HL | 28/03/2006

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