21/03/2006

L'amant, portrait à la sanguine

 

(Special dedicace to M.)

 

Y’a pas de mal à essayer autre chose quand ce a quoi on croyait s’est effondré.

A tenter le coup de l’amant quand la vie de couple avec l’homme-pour-la-vie n’a pas donné les résultats escomptés.

A croire que vu que le quotidien tue l’amour, prendre un amant, c’est se voir seulement pour les bons côtés.

 

Mais force est de constater que, dans bien des cas, c’est un leurre.

Un peu comme le cancer : y’a bien plus de gens qui y survivent que de gens qui en meurent et pourtant on ne parle que des drames (alors que ça ferait sûrement du bien aux malades de savoir combien s’en sortent…) ; y’a bien plus de déchirures que de succès et pourtant, on ne parle que de machin qui a quitté sa femme et de truc qui est partie avec le plombier (s’il ressemble à celui de Desperate Housewives, moi aussi, je le suis… Mais je m’égare).

 

Les bons côtés se résument à un seul : quand on se voit, c’est qu’on a envie de se voir, donc c’est super (comprenez « on baise ») !

Certes.

 

Mais tout n’est pas rose.

 

Ainsi, « se voir » se résume, dans le meilleur des cas, à quelques heures par semaine. Le reste du temps, on le passe seule (ndlr : assise à côté du téléphone, à l’allumer et à le secouer de temps en temps pour vérifier qu’il fonctionne effectivement. Oui, même si c’est un GSM : y’a des habitudes d’amoureuses transies post ado dont on se débarrasse difficilement).

 

Se voir signifie également qu’il s’agit de moments précis définis dans le temps.

Soit que sont bannies toutes les fêtes officielles, les weekends, les périodes d’exams des gosses, la plupart des nuits.

Et évidemment toutes les sorties en public, hormis de rarissimes soirées avec la poignée d’amis au parfum. Ce qui signifie qu’on est l’éternelle (et seule de l’endroit !) célibataire de tous les dîners pros, de tous les mariages, etc.

Dernier détail, mais qui a son importance : c’est évidemment lui, qui fixe les RDV en fonction de son organisation de vie ( qui les modifie ou les annule au dernier moment, voire qui ne vient pas sans « avoir eu l’occasion de » prévenir, ndlr). L’amante se surprend donc rapidement à devenir dépendante de son agenda à lui, à attendre la dernière minute pour accepter une invitation pcq lui n’a encore rien dit, à louper des trucs pcq elle a refusé une invit’ en espérant qu’il vienne et que finalement il ne vient pas.

Ne riez pas : on croit toutes qu’on est libre et qu’on ne sera jamais assez biesse pour agir comme ça. Et pourtant, si.

 

Se voir signifie aussi qu’il a dû mentir.

Donc qu’il est stressé (soit parce qu’il a une conscience – mais si ! – soit par peur de la découverte du pot-aux-roses), pressé. Qu’il va donc rarement prendre la peine de discuter avant de baisser son pantalon et/ou avant de le remonter et de filer « avant qu’il se fasse trop tard, tu comprends ».

Certes, parfois, il vient « pour te faire plaisir » (comprenez : «  pour que tu arrêtes de me harceler au téléphone, c’est gênant, tous ces sms en réunion »). Là, on est déjà moins dans le registre des bons côtés.

Parce qu’il est encore plus pressé que de coutume. Ou fatigué (ndlr : il baise pas et en plus, il cause pas non plus. Il pousse parfois le bouchon jusqu’à s’endormir dans le sofa… et même à ronfler !). Mais il ne faut pas voir tout en noir : là, au moins, on a vraiment l’impression d’être sa femme !!!!

 

Bien sûr, à mesure que la relation se tisse, des fois, il cause.

De lui.

 

Et de ce qui est important pour lui : son boulot (pendant des heures), sa femme (quand ils se sont disputés et qu’elle lui a dit qu’elle ne supportait plus sa présence), ses enfants (quand ils se sont disputés, que l’enfant s’est barré en le traitant de sale réac’ avant de claquer la porte). Le rôle de l’amante est alors l’écoute attentive, la compréhension, l’empathie, le conseil. Inutile d’essayer de parler de soi, il tient max 5 minutes avant de lancer un « c’est comme moi… » pour embrayer sur un truc qui n’a rien avoir mais recentre la conversation sur lui. Inutile aussi d’émettre des commentaires trop personnels sur sa petite famille : lui peut critiquer, elle pas.

L’amante devient rapidement une espèce d’éponge des soucis de l’amant. Lui repart le cœur léger d’avoir vidé son sac et l’amante, puisqu’elle reste seule après son départ, passe la soirée à ressasser les problèmes de l’amant et à s’en faire pour lui.

 

Sujet tabou aussi : le « nous ».

Parfois (souvent sous l’emprise, même légère, de l’alcool) lui rêve la bouche ouverte et fait des grands projets à deux et des promesses qu’il ne tiendra pas. Le reste du temps, on ne conjugue rien à « nous », « nous » n’existe pas. Il ne faut pas l’attendre, l’amante doit vivre sa vie.

Ce qui n’empêchera aucunement les scènes de jalousies ou commentaires fielleux dissimulés si l’amante est draguée en présence de l’amant, si elle sourit trop fort à un bellâtre, si elle sort ou part en vacances sans lui et/ou avec un/d’ autre(s) homme(s).

Entre ces deux extrêmes, l’amante a bien du mal à se faire une raison et à chasser du fond de son cœur le (stupide) espoir qu’un jour l’amant (aura assez de couilles pour) se décide(r) à quitter sa femme (qu’il aime/n’aime plus/n’a jamais aimé) et surtout ses enfants (dont il se sent bien davantage la responsabilité face à l’amante que quand il sort et boit comme un polonais avec ses copains avant de rentrer s’effondrer dans le canapé après avoir parlé yaourt à ses enfants blasés).

 

Ah oui : se voir signifie aussi qu’il repasse chez l’amante après une beuverie (donc à z’heure du matin, lui ivre mort et elle endormie, en pyjama sexy comme un coup de poing sur la gueule – pas coiffée – pas maquillée) pour que son bonheur à lui soit complet (ndlr : une chouette soirée = un bon resto (variante : un bon match de foot) + une bonne guinse entre potes + une partie de jambe en l’air).

 

A mesure que le temps passe, l’amante attend (bêtement) plus. Plus que quelques heures par semaine et, pour les plus chanceuses, une journée ou un weekend (ndlr : ça, c’est au début, pcq qu’au bout d’un moment, Madame l’amant et ses enfants deviennent suspicieux et les escapades s’avèrent plus risquées).

Deux solutions s’offrent à elle :

-         l’ultimatum, éventuellement assorti d’un chantage.

Ca peut marcher, mais elle doit savoir qu’elle vivra toujours avec le doute : est-il vraiment heureux d’être venu ?

-         le fatalisme. Puisqu’il n’est pas décidé, rien ne sert de le forcer. Elle veut qu’il vienne pcq il en a envie et non par peur.

A ce qu’on dit, y’en a qui sont mortes d’avoir trop attendu…

 

Alors, un jour, elle se jette dans les bras d’un autre. Par dépit. Par vengeance. Pour se prouver qu’elle peut en séduire d’autres (puisque l’amant n’est pas totalement séduit vu qu’il ne vient pas). Le pire, c’est qu’après, elle s’en veut. L’élu momentané passe alors en pertes et profits.

Pcq elle est (bêtement) amoureuse, l’amante. Et fidèle, donc.

 

Qu’elle se refuse de s’accorder d’autres chances, aussi. Qu’elle craint de quitter la proie pour l’ombre. Mais pas seulement. Elle vit en couple toute seule, en fait.

 

Et elle finit par se barrer. Pas pour un autre. Pour elle. Pour se retrouver. Pour réorganiser sa vie autour de ce qu’elle aime, de ses priorités et non plus des disponibilités de l’amant, dont elle a fini par appréhender les défaut comme elle l’aurait fait s’il avait été son légitime. Pcq la magie a été grandement altérée par sa lâcheté, son manque d’implication et d’absolutisme. Pcq l’amante, elle, ne voulait pas d’un demi amour.

 

(cf à ce sujet la très belle chanson de Jeanne Cherdal, Cherhal ??? « Un couple normal », dont HL m’a filé les paroles en son temps)

 

Evidemment, tout ceci n’est que mon avis et d’aucuns me taxeront de manque d’objectivité…

19:33 Écrit par La F | Lien permanent | Commentaires (7) |  Facebook |

Commentaires

la fee... comment veux tu qu 'on puisse encore trouver une maitresse apres ce texte...merde c'est vrai c'est comme donner la fin de "Usual Suspect" avant le debut de la sceance.



Écrit par : Barbatruc | 21/03/2006

Je sais ... que tu as raison. Je sais que tu as raison. Je sais que tu as raison.
Mais il parait que je suis folle, hystérique et parano. Ca promet une vie agitée tout ça non?
Et moi, j'aime quand ça bouge dans ma vie. :-))

Plus sérieusement, je sais que c'est une situtation foutue d'avance. On le sait tous les deux. Mais....


Écrit par : M | 21/03/2006

... C'est encore mieux que les paroles de Jeanne Cherhal ta note...

Écrit par : HL | 22/03/2006

*** Barbatruc : arf ! Ne crois pas que ce soit si facile de prendre maîtresse. Les hommes ont une conscience aussi (si si) et vivent parfois mal leur adultère (même si c'est tjs+ confortable que le rôle d'amante célibataire). N'est pas libertin qui veut, lol !
HL : c'est vrai ? Je rougis, là... ;o)

Écrit par : La Fée Carambole | 23/03/2006

La réalité... Mais c'est tout simplement la réalité ce que tu décris là. L'horrible réalité. Ce n'est vivable que si on a quelque chose à retirer de l'amant. Après, il vaut mieux le liquider, aussi vite que possible. Il vaut mieux être une roue libre qu'une cinquième roue à la charrette...

Sauf si on a plusieurs amants comme eux ont plusieurs maîtresses (en plus de l'épouse), en additionnant chaque amant, on a un homme à peu près complet, conforme à nos souhaits.

Ca c'est une riche idée !!! Allez, un petit post avec cette variante: la femme qui avait plusieurs amants... Lol.

Écrit par : Pivoine Blanche | 23/03/2006

*.*.* Il y a aussi la solution intermédiaire, que j'adopterais si D'AVENTURE (c'est le cas de le dire) je décidais de briser mon célibat : une relation sans cohabitation avec une femme "libre", tout en étant "libre" soi-même, et en n'aimant ni le foot ni les "sorties-entre-mecs". Certes, je préfère parler informatique que cosmétiques, mais là encore, il y a un moyen terme...

PS : 'fectivement, HL a raison, c'est "Cherhal", pas "Cherdal"...

Écrit par : Wineblood | 24/03/2006

*** Mertt', j'ai encore écorché un nom... J'ai fait ça de mémoire, donc conclusion, j'ai la mémoire qui flanche !Lol

Écrit par : La Fée Carambole | 24/03/2006

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