09/12/2005

Obligations professionnelles

Les dîners où l’on se rencontre entre gens d’Usines différentes qui fabriquent la même chose sont rares.

Donc je savais pas quoi mettre.

Mais quand on bosse les mains dans le cambouis on ne s’habille pas chez Courrèges, alors j’opte pour ma jupe folk indienne acquise tout récemment et un pull des-fois-qu’il-caille mais avec un peu de voile et de falbalas. Et hop.

J’ai eu raison, me dis-je en arrivant : à part deux ou trois nanas qui ont mal compris et ont enfilé leur robe de réveillon – dont l’une toute en fausse dentelle doublée et l’autre en dos nu avec vue plongeante sur les bourrelets de la taille, arf ! – tout le monde est « normal ».

C’est là qu’on se dit qu’on bosse chacun dans son coin sans communiquer, parce que moins de la moitié des têtes me sont connues. C’est donc tout naturellement qu’on arrange pas l’affaire en se regroupant à table entre gens d’une même Usine.

 

Et c’est assise comme ça que j’ai la meilleure vue pour une étude socio – anthropologique sur une catégorie d’hominidé : la vieille-sur-le-retour.

D’abord, y’en a 2 accrochées au bar alors qu’on mange depuis belle lurette. Celles-là, je les connais : ma Jumelle a eu maille à partir avec elles. Elles sont du lieu d’accueil et appartiennent à notre corporation pro mais apparemment n’étaient pas prévues.

Ou alors elles cherchent à tout prix à se faire remarquer.

Bref, blondasses à coup d’eau oxygénée, trop bronzées – et donc, à cet âge, trop ridées – minces à force de régimes dissociés yaourt nature-biscotte-radis mais la taille lourde quand même, ben oui, c’est l’âge, on n’y peut rien, les fringues genre « casual chic-et-très-cher », le coude nonchalamment posé sur le comptoir et le verre ou la clope à la main, genre « par pitié, ne me laissez pas rentrer seule ce soir ! ».

Pathétique.

 

Mais le spectacle n’était pas terminé : arrive à notre table le même modèle, en plus grasse et en acajou. Un maquillage outrancier et des fringues en-satin-qui-brille. C’est bête, parce qu’au demeurant, elle est pas moche. Elle a même de beaux yeux et un charmant sourire. Mais c’est pas facile à percevoir tant ses artifices en court-circuitent l’effet.

Elle se lance dans une grande opération séduction de deux de mes collègues et de mon Chef-de-là-bas.

Constat 1 : la vieille-sur-le-retour n’a plus aucune retenue.

Constat 2 : la vieille-sur-le-retour n’a plus aucune fierté.

Constat 3 : la vieille-sur-le-retour dépense son énergie pour rien : elle fait plus peur qu’envie. Même aux hommes d’expérience. Et puis ils préfèrent tous une belle plante à un épouvantail.

Quand elle renverse même-pas-exprès sur son top qu’elle aurait dû choisir moins moulant et qu’elle tire dessus tant qu’elle peut davantage pour dévoiler son opulent poitrail que pour venir à bout de la tache, mon Chef-de-là-bas la gratifie d’un odieux « c’est dommage, elle est jolie… (silence appuyé…) la blouse », à cause duquel je manque de m’étouffer avec la bouchée en cours de mastication.

Constat 4 : les hommes sont sans pitié.

Lasse de ses efforts aussi désespérés qu’inutiles, elle s’en va bientôt jeter son dévolu sur un vieux-sur-le-retour, fort « énervé », sans doute parce que c’est la seule fois de l’année où à cette heure-là il n’est pas encore couché. Mon Collègue Rock&roll et moi, on fait des paris sur le nombre d’heures que tiendra son cœur fatigué avant de lâcher sous toute cette pression féminine. Roooooh…

 

Bon, d’accord, mon Collègue Rock&roll et moi, on finira aussi en célibataires endurcis accrochés au bar aux petites heures du matin, mais hilares, sans arrière-pensées et entre gens de riante compagnie comme nous. L’on s’est d’ailleurs fort bien entendus pour trouver éminemment sympathique notre nouveau Collègue Robert, parce que, comme l’a dit une amie bloggueuse dans une situation similaire : « on a trouvé quelqu’un qui boit autant que nous ! ».

 

Finalement, j’aime bien les rencontres inter-Usines…

09:51 Écrit par La F | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

Commentaires

Tu es cruelle ... :-)
Mais c'est délirant à lire.
Et moi, je commence à regretter d'avoir promis de mettre ma jupe...
Mais bon, promis, c'est promis...

Écrit par : Moonshine | 09/12/2005

« on a trouvé quelqu’un qui boit autant que nous ! » L'alcool ca rapproche ;-) J'en sais qqchose.
J'aime bcp ta description de cette soirée, incisive et croustillante; pas tres tendre pour tout le monde, mais on n'est pas là pour faire des courbettes et de la politesse.

Écrit par : eric | 10/12/2005

Aaah ! Curieux ces moments qui devraient être conviviaux et rapprocher les gens et qui sont souvent une corvée... Sauf à observer les autres mais ma critique se porterait plutôt vers les chefs qui ne savent pas insuffler un autre esprit à leur personnel que celui de la provoc gratuite et du ridicule qui tue.

Écrit par : Pivoine | 12/12/2005

... les dinners de fin d'année de société...c'est un truc que j'ai en horreur...le seul truc bien c'est de se regrouper avec certains des collègues "cool" et de commencer a discutailler sur tous les autres personnes présentes...mais bons on fait tous ca...

Écrit par : house_in_the_clouds | 13/12/2005

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